
L'eau pleine de ciel,
Et la fenêtre pleine d'eau.
Mais derrière la fenêtre,
Il ne voit que le ciel.

Ce soir, la lune rêve avec plus de paresse;
Ainsi qu'une beauté, sur de nombreux coussins,
Qui d'une main distraite et légère caresse
Avant de s'endormir le contour de ses seins,
Sur le dos satiné des molles avalanches,
Mourante, elle se livre aux longues pâmoisons,
Et promène ses yeux sur les visions blanches
Qui montent dans l'azur comme des floraisons.
Quand parfois sur ce globe, en sa langeur oisive,
Elle laisse filer une larme furtive,
Un poëte pieux, ennemi du soleil,
Dans le creux de sa main prend cette larme pâle,
Aux reflets irisés comme un fragement d'opale,
Et la met dans son coeur loin des yeux du soleil.
Charles Beaudelaire